Donald Trump, 45e président ou la victoire de la communication ciblée.

Par Victor Henriquez

Comme toute la planète, j’ai été sonné par le résultat de l’élection d’hier. Un mélange un peu amer d’incompréhension, de curiosité et de résilience. D’incompréhension, car il est difficile d’imaginer un changement aussi drastique dans le style présidentiel que celui qui s’opérera avec la transition Obama-Trump. De curiosité, car il faut souligner le fait que c’est le premier Président sans aucune expérience politique et sans un appui clair de son parti. De résilience, car nous devons accepter ce résultat, car il est l’expression démocratique d’un malaise profond entre la classe politique telle que l’on la connaît et une population qui se sent délaissée.

 

Ce matin, en analysant plus précisément les chiffres, une évidence saute aux yeux. Cette victoire n’est pas celle du discours le plus inspirant, de l’homme le plus charismatique ou des idées politiques les plus novatrices. C’est la victoire d’une analyse chirurgicale de son public cible et du Collège électoral, de l’élaboration d’un discours simple et mobilisateur d’une classe de la société suffisante pour remporter une élection et d’une capacité hors du commun à marteler un message malgré les critiques ou les démonstrations de faussetés.   Un mensonge répété maintes et maintes fois devient-il vrai ? NON. Cependant, lorsque ce mensonge vient illustrer un malaise qu’une portion de la population comprend, il devient secondaire et n’empêche pas de rallier le bon public.

 

Donald Trump a été élu par les hommes et les femmes blancs, catholiques, baby-boomers membres de la classe moyenne et de la classe riche. Les déclinaisons des sondages d’après vote de CNN le démontrent. Il a été élu par un Collège électoral qui a été créé afin de s’assurer d’une représentation équitable des collectivités rurales et urbaines ce qui a permis au candidat républicain de remporter l’élection malgré un léger retard au suffrage universel. Il a été élu par des citoyens déçus de « l’establishment », qui ont été témoins des effets de la mondialisation, et qui ont vu le tissu social et racial de leur pays changer.   C’est ce changement qu’ils refusent en votant pour Donald Trump, et c’est à eux que le discours de Trump s’adressait. Que le discours soit raciste, misogyne, protectionniste ou même mensonger leur importe peu. Il était DIFFÉRENT et venait d’un ANTI-POLITICIEN connu et milliardaire ce qui lui conférait une notoriété suffisante et une certaine crédibilité économique. Avec un taux de participation légèrement en dessous de la moyenne des 20 dernières années (54,2 % selon Le Monde) et une démobilisation du vote démocrate dans certains secteurs urbains et ouvriers (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie), le public ciblé par Donald Trump et son équipe était suffisant pour lui permettre de remporter une majorité au Collège électoral.

 

Il serait irresponsable de ne pas remettre en question plusieurs modèles existants suite à cette élection. Le premier, les sondages. Depuis plusieurs années, les sondages politiques sont mis à rude épreuve. Que ce soit en Alberta où ils avaient prédit une victoire du Wildrose en 2012, lors du Brexit où le vote contre l’Union européenne avait été sous-estimé ou lors de cette élection où tous les sondeurs donnaient Clinton en avance, il y’a clairement une incapacité des firmes à s’ajuster à la tendance de la prime à l’urne et à établir des prévisions exactes. Aussi, le rôle des médias qui ont annoncé la victoire de la candidate démocrate durant toute la journée d’hier sans avoir la moindre idée de la vague Trump qui déferlait devant leurs yeux. Finalement, les analystes politiques qui ont vu leurs modèles réfutés par la volonté populaire. Ces mêmes analystes qui prédisaient une prime à l’urne en faveur de Hillary Clinton et qui ont presque ridiculisé le discours de Donald Trump sans voir qu’il atteignait une portion de la population suffisante pour être élu Président. Cette élection permettra certainement de revoir certains modèles et façons de faire et d’ajouter une grande dose de prudence à la science politique qui vient de démonter qu’elle n’est pas une science exacte et qu’elle est soumise à l’imprévisible majorité silencieuse.

 

La question aujourd’hui est de savoir si le Président Trump aura le même discours que le candidat Trump. Son discours d’acceptation d’hier soir nous a déjà donné une indication avec un ton plus posé, plus solennel et une volonté exprimée de représenter tous les Américains. Certainement, il y aura des décisions populistes et une teinte de protectionnisme accru cependant il serait surprenant de voir les discours racistes ou misogynes se répéter. Ils ont permis au candidat d’être au cœur de l’actualité en permanence, de faire parler de lui de façon exponentielle et de lui donner une visibilité exceptionnelle qui ne sont plus nécessaires maintenant qu’il a pris le pouvoir.

 

 

Donald Trump, 45e président ou la victoire de la communication ciblée.

2 thoughts on “Donald Trump, 45e président ou la victoire de la communication ciblée.

  • 09/11/2016 at 14:41
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    Bravo, Victor. Ceci est probablement le meilleur recadrage de la situation que j’aie pu lire aujourd’hui.

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    • 02/12/2016 at 10:52
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      Merci beaucoup Hélène.

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